jeudi 1 septembre 2016

Everybody say Oe Oe!



PLAYLIST :

01 - " Tirchi Topi Wale ",  Tridev OST, scored by Kalyanji Anandji and Lyrics by Anand Bakshi, 1989
02 - " The Rhythm Is Gonna Get You ", Gloria Estefan and Miami Sound Machine, Epic, 1987

[FR] Peter Manuel fait tout un cas de la parodie dans son étude éponyme, Cassette Culture Popular Music and Technology in North India. La parodie est d'ailleurs une façon assez commune d'interroger la circulation des références occidentales en dehors de l'Occident. 

Mais l'auteur ne s'attarde pas sur la question du droit d'auteur qui a cristallisé les débats opposants les industries de la musique et leurs détracteurs des années 1990 aux années 2000, tendant à faire croire, parfois de façon un peu caricaturale mais pas toujours de la bouche de qui l'on pense, soit que la musique était tout à son auteur, soit qu'elle n'avait pas d'auteur du tout. 

Or la musique a ses auteurs qui la plupart du tant ne sont pas les plus puissants. 

Peter Manuel donne ainsi cet exemple d'un musicien bhojpuri qui, dans les années 1980, intenta un procès à His Master Voice pour plagiat. Face au dédommagement trop peu conséquent qu'on lui proposait, l'auteur fit appel à l'issue du premier procès, mais fut condamné lors du second. HMV avait en effet recruté entre-temps d'autres musiciens bhojpuri par lesquelles la maison de disque fit prétendre que le morceau plagié était en fait un air traditionnel. 

Si l'industrie musicale emprunte beaucoup aux mélodies populaires, Peter Manuel rappelle que les musiciens folks du Nord de l'Inde empruntent eux aussi beaucoup à l'industrie musicale filmi. L'emprunt permettant au musicien de bénéficier de l'aura de modernité qui entoure le morceau, tout en affirmant qu'il est à la page.

Mais qu'en est-il alors des références internationales? Peter Manuel relate le cas suivant...

Alors qu'il fallu un an-et-demi et trois éditions pour que "Rhythm Is Gonna Get You" entre finalement dans les charts anglais, le hit de Gloria Estefan et Miami Sound Machine, plagié dans la bande-son de Tridev, "Tirchi Topi Wale" fut un tel succès en Inde que son refrain devint un véritable phénomène de communication de la fin des années 1980.

"Composé par Kalyanji-Anadji et Viju shah pour le film Tridev de 1989, le morceau [Tirchi Topi Wale] devint un phénomène populaire, en partie pour sa mélodie harmonieuse, mais plus particulièrement pour ses remarquables "breaks" au cours desquels un simple, refrain, quelque peu primitif est chanté. Ce passage, l'accroche essentiel du morceau, a été lui-même plagié d'un premier tube latin-rock de Miami Sound Machine, intitulé "The rhythm gonna get you'. Dans cette version originale, la phrase "ohé-ohé" apparaît comme un interlude répété, dont le but est de rappeler la musique des cultes afro-cubains. En Inde, "Tirchi topi wale", et plus particulièrement le riff "ohé-ohé" finit par devenir un véritable phénomène national. Comme les producteurs de film qui suivirent n'en finir pas de recycler le riff, Subhash Jha résume ainsi la moisson cinématographique de cette année : " les moments les plus mélodieux de l'année... furent en fait noyé par l'écho omniprésent des Ohé ohé ". Pour les élection de 1989, le Congress Party aussi bien que son opposant le BJP, utilisèrent le riff dans des morceaux politiques disséminés par le biais de cassettes promotionnelles. Un journaliste relate:
A ce moment là... quand un docteur piquait, les patients criaient Ohé-ohé, quand le téléphone sonnait, les amis répondaient Ohé-ohé. La nation brûle de la fièvre ohé-ohé. C'est le mot de code de tout tous les sentiments publics, son son peut rassembler les communautés de façon plus efficace que tous les programmes d'intégration national diffusés à la télévision. (Ghosh, 1989)
En 1989, j'ai noté que les conducteurs de rickshaw à pédales qui n'avaient pas de sonnette avaient pris l'habitude de crier "Ohé-ohé" pour se faufiler dans les rues bondées. Toutefois l'usage le plus répandu du terme était d'interpeller, pour n'importe quel motif les étrangers ou les personnes risibles, mais de façon plus provocantes, les femmes. La manie que les jeunes hommes du Nord de l'Inde prirent ensuite à alpaguer les femmes avec des "Ohé-ohé" aboutit à plusieurs bagarre et même un meurtre à Ahmedabad, et, en conséquence, à la proscription du morceau dans plusieurs villes."
Peter Manuel, Cassette Culture, Popular Music and Technology in North India, The University of Chicago Press, 1993, Chicago, pp. 139-140

[EN] Parody has always been an easyway to question the circulation of Western references abroad, here is a case related by Peter Manuel in his eponymous study, Cassette Culture :
" Composed by Kalyanji-Anadji and Viju shah for the 1989 film Tridev, the song"Tirchi Topi Wale" became phenomenally popular, partly for its tuneful melody, but especially for its conspicuous 'breaks' in which a simple, somewhat primitive sounding refrain is sung. This passage, the essentiel 'hook' of the song, was itself plagiarized from a prior Latin rock hit by the Miami Sound Machine, entitled 'The rhythm's gonna get you', in this original version, the 'oe-oe' phrase appears as a repeated interlude, intended to be reminiscent of Afro-Cuban cult music. In India, 'Tirchi topi wale,' and particularly the 'oe-oe' riff went on to become national phenomena. As subsequent film music producers relentlessly recycled the riff, Subhash Jha (1990) summed up the year's film crop, "The more melodious moments of the year...were in fact drowned out by the all-pervasive echoes of Oye oye. " In the 1989 elections, both the Congress Party and the opposition BJP used the riff in a political song disseminated in promotional cassettes. One journalist related:
These days... when doctors inject, patients scream Oye-oye, when phones ring, friends greet with Oye-oye. The nation is red-hot with the oye-oye fever. The code words for every public sentiment, their sound can unify communities more effectively than all the nation integration programmes on television. (Ghosh, 1989) 
In 1989 I noted that pedal rickshaw drivers lacking bells would routinely declaim 'oe-oe' as they weaved through crowded streets. Yet the most widespread usage of the phrase was an all-purpose heckle, whether for foreigners, otherwise laughable people, and, most provocatively, women. The delight young men throughout North india subsequently took in taunting women with 'oe-oe' led to several fights, a murder (in Ahmedabad), and the subsequent banning of the song in several cities."  
Peter Manuel, Cassette Culture, Popular Music and Technology in North India, The University of Chicago Press, 1993, Chicago, pp. 139-140.

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